Rendu 3d nanotechnologie forme géométrique hexagonale en gros plan, concept graphène structure atomique, concept graphène structure moléculaire

Il a récemment circulé sur les médias sociaux des allégations concernant la présence non déclarée de nanoparticules (NP) d'oxyde de graphène (GO) dans les vaccins à ARNm COVID-19 (voir encadré). Certains sont même allés jusqu'à mentionner son utilisation (frauduleuse) pour une connexion des individus à la 5G et ont proposé des méthodes de désintoxication avec du glutathion, de la N acétylcystéine (acides aminés précurseurs du glutathion endogène), du zinc et autres.

Les recherches de La Quinta Columna

Ricardo Delgado de La Quinta Columna affirme avoir fait réaliser par des chercheurs espagnols des études d'observation des doses de vaccins par microscopie optique et électronique, allant jusqu'à affirmer avoir dosé 747 ng de graphène. Certains sites vont jusqu'à affirmer que cette substance est également présente dans les tests PCR, les tests antigéniques et les masques. Mais à ce jour, il n'existe aucune publication évaluée par les pairs. Lire ici.

Cet article tente de faire le point sur les propriétés physico-chimiques, l'état de la recherche et les applications industrielles en cours, notamment dans le domaine des vaccins, la toxicité et la réglementation actuelle des nanoparticules d'oxyde de graphène afin de démêler le faux du vrai.

Composition du produit Pfizer

Lire ici.

Ingrédient actif

  • ARNm modifié codant pour la glycoprotéine virale de pointe du SRAS-CoV-2

Lipides

  • (4-hydroxybutyl)azanediyl)bis(hexane-6,1-diyl)bis (ALC-3015)
  • (2-hexyldécanoate),2-[(polyéthylène glycol)-2000]-N,N-dittradécylacétamide (ALC-0159)
  • 1,2-distéaroyl-snglycéro-3-phosphocholine (DPSC)
  • cholestérol

Sels odorants

  • chlorure de potassium
  • phosphate de potassium monobasique
  • chlorure de sodium
  • phosphate de sodium basique dihydraté

Autre

  • saccharose

Propriétés chimiques et physiques de la NP d'oxyde de grahène

Le GO est un isolant et un semi-conducteur électrique (toutefois moins résistant que le graphène pur). C'est une monocouche de carbone de structure hexagonale en nid d'abeille avec des groupes hydroxyde (OH) et carboxylique COOH.

En raison de ses défauts de structure, on a observé des propriétés magnétiques locales de différents types (ferromagnétiques, paramagnétiques, antiferromagnétiques) dues à ses propriétés semi-métalliques. En résumé, le magnétisme n'est pas une propriété inhérente au GO mais est lié à la quantité de défauts structurels et son analyse physique est en cours.

En ce qui concerne le magnétisme des nanoparticules de ces composés, la recherche vise actuellement à résoudre deux problèmes pour activer leur magnétisme :

  • la nécessité d'une consommation d'énergie élevée
  • la contrainte d'une température ambiante (20° C) pour réussir à activer ce magnétisme

Recherche et applications industrielles

Il existe 3 structures : l'oxyde de graphène (GO), l'oxyde de graphène réduit (rGO) et les points quantiques de graphène (GQD) qui sont des nanoparticules (donc moins de 100 nm).

Les nanoparticules de GO sont actuellement étudiées et développées comme nanoporteurs pour une variété d'agents biologiquement actifs (biocatalyseurs, biocapteurs et médicaments).

De nombreuses applications utilisant les nanoparticules (NP) de GO sont envisagées :

  • Environnement : formant des complexes avec les polluants organiques/métalliques, il peut être utilisé comme dépolluant, pour purifier l'eau (salée) en améliorant l'hydrophilie des membranes de purification et en facilitant la photo-oxydation des molécules d'eau polluantes.
  • Production d'énergie par la conversion de lipides en carburants par des lipases encapsulées.
  • Médecine : les points quantiques (nanocristaux semi-conducteurs), le graphène et les nanocomposants magnétiques (Fe3O4) offrent un ensemble unique de propriétés optiques et magnétiques pour les futures applications énergétiques et médicales. Ils peuvent également être utilisés en imagerie médicale comme agent de contraste. En outre, les propriétés magnétiques des nanoparticules de Fe3O4 en font un excellent agent de contraste pour les applications IRM. Elles présentent également une excellente réponse à la luminescence lorsqu'elles sont exposées à la lumière UV, ce qui entraîne une émission de lumière visible.

Les GO peuvent être utilisés pour faciliter la pénétration et l'absorption d'anticorps, d'enzymes, de médicaments, de protéines. Toutefois, les limites de l'utilisation et de l'application des nanoparticules magnétiques, telles que l'agrégation et la précipitation à l'intérieur des vaisseaux sanguins, peuvent entraîner de graves conséquences. Enfin, il existe des applications potentielles dans les thérapies anticancéreuses par ciblage actif des cellules tumorales ou par ciblage passif lorsque des NP chargées positivement s'accumulent sur les sites tumoraux en raison d'une fuite vasculaire et de la faiblesse du système immunitaire fonctionnel dans la région. Toutes ces applications n'ont pas encore débouché sur des applications commerciales concrètes.

Vaccins à base de nanotechnologies et d'ARNm basés sur le SRAS-CoV-2

Les vaccins Pfizer/BioNTech et Moderna utilisent un ARNm synthétique protégé par une bicouche lipidique, elle-même constituée de nanoparticules lipidiques (McGill COVID19 Vaccine Tracker Team, 2021) pour permettre à l'ARNm de pénétrer dans la cellule. Il n'y a pas de GO déclaré par le fabricant. Lire ici.

Pourtant, les NP GO et le graphène ont attiré l'attention en raison de leurs propriétés antimicrobiennes et antivirales. Le graphène favorise l'absorption des médicaments et des macromolécules (acides nucléiques, protéines, etc.). En 2020, Gao et al. ont développé un nouveau vaccin contre le COVID-19 en utilisant la combinaison d'un nanoadjuvant et d'oxyde de graphène. Cette étude, réalisée sur des souris,montre que ce vaccin peut induire des anticorps contre le SRAS-CoV-2 RBD à un titre élevé neutralisant le SRAS-CoV-2 chez la souris en 2 semaines. Les auteurs concluent sur l'efficacité du vaccin à induire une réponse immunitaire mais aussi sur la nécessité d'études complémentaires sur la dégradation du graphène in vivo afin de construire un vaccin répondant aux critères de sécurité et de biocompatibilité.

Les équipes de recherche travaillant actuellement sur les NP de GO-Polyéthylène glycol-polyéthylèneimine, dans le cadre du développement d'immunothérapies anticancéreuses, tentent de retarder leur phagocytose (absorption et destruction des molécules par certaines cellules immunitaires) afin de rendre possible leur utilisation dans de telles thérapies.

Un autre aspect limitatif de son utilisation est la toxicité potentielle in vivo du graphène. Ce sujet de débat et l'absence d'informations suffisantes pour autoriser légalement les applications humaines semblent susceptibles de l'empêcher d'être commercialisé dans l'état actuel des connaissances. Ainsi, son instabilité et l'agrégation du graphène en solution sont un défi supplémentaire alors que la mise en solution de médicaments et de vaccins nécessite de la stabilité.

Toxicité des nanoparticules (NP) d'oxyde de graphène (GO)

Le projet européen graphène Flagship étudie la toxicité de ce matériau (environnement, santé) en raison de son utilisation prometteuse dans la délivrance de médicaments, la bioimagerie, l'ingénierie tissulaire, la biodétection. Un rapport de 2016 de l'agence suédoise KEMI donne en 2019 un aperçu très complet sur l'absorption et la biodistribution des NPs, étape cruciale avant la toxicité potentielle des NPs.

Leur toxicité dépend de leur biodégradation, qui dépend elle-même fortement du pourcentage d'oxygène, du type de groupes fonctionnels (comme l'époxy), des défauts, de la taille et du nombre de couches. Plusieurs mécanismes cellulaires de toxicité des nanomatériaux GO ont été identifiés : stress oxydatif (inflammation), dommages à l'ADN (impact sur la réplication cellulaire), réponse inflammatoire ou destruction cellulaire par différents mécanismes : apoptose, autophagie, nécrose.

Le GO est décomposé par une enzyme (la myéloperoxydase) produite par les globules blancs (neutrophiles) arrivant sur un site d'infection.

Toxicité cutanée : Selon Wang et al, 2016, la majorité des études existantes suggèrent que les points quantiques de graphène (GQD) ont une toxicité in vivo et in vitro relativement faible et une excellente biocompatibilité, par rapport à l'oxyde de graphène (GO), aux nanotubes de carbone et aux semi-conducteurs conventionnels. Mais le profil de toxicité des GQDs varie en fonction des tests et de la production des GQDs. Les GQD voient leur pénétration cutanée augmenter avec l'exposition aux UV ou si la barrière cutanée est détériorée. En général, l'absorption systémique dépend de nombreux facteurs tels que la taille, la charge de surface, l'enrobage des NP, l'agglomération des NP, la composition du milieu et le pH. De manière générale, par voie cutanée, la voie de pénétration à travers les follicules pileux (cavité à la base du cheveu) serait considérable, surtout pour les petites NP de moins de 20 nm.

Par voie intramusculaire et sous-cutanée chez la souris, les QDs de carbone se diffusent rapidement à partir du site d'injection. Après 24 heures, il n'y a plus d'identification dans aucun organe, ce qui suggère une élimination totale des nanoparticules de carbone. En injection sous-cutanée, elles se retrouvent dans les ganglions lymphatiques entraînant une importante réponse immunitaire rapide.

Administrées par voie intranasale, les NPs de polymères de carbone polyanhydre sont également rapidement dispersées. Certaines, hydrophobes, peuvent persister dans le tissu pulmonaire. De manière générale, les NPs intranasales, surtout lorsqu'elles sont très petites, traversent la muqueuse olfactive et sont transportées en quantités importantes dans le bulbe olfactif et d'autres parties du cerveau.

Injectés directement dans le sang, les points quantiques (QD) se retrouvent principalement dans le foie, la rate et les reins, qui sont les organes de "détoxification" et en petite quantité dans le cerveau (0,1%). D'une manière générale, injectées dans le sang, les NPs, selon leur taille et leur charge, peuvent subir une adsorption ou une opsonisation (= liaison à un anticorps) par les protéines sériques. Cette opsonisation favorise sa clairance (la purification par cette voie dépend de la taille des particules : plus le diamètre est grand, plus la clairance est cependant ralentie). Les cellules endothéliales qui tapissent les vaisseaux sanguins, forment une barrière semi-sélective en fonction de la taille des nanoparticules : au niveau de l'endothélium vasculaire, des pores de 5nm permettent le passage des QD, ce qui leur fait atteindre rapidement l'espace extracellulaire extravasculaire alors que les plus gros >5nm restent plus longtemps dans la circulation sanguine où ils subissent une phagocytose et sont donc évacués.

En résumé, les NPs de graphène (Go, G, GQD) sont d'autant plus toxiques que leur taille est grande (micron). Les groupes époxy du GO peuvent provoquer un stress oxydatif (inflammation) qui peut conduire à la mort cellulaire. Cependant, ils sont plus facilement dégradés par des enzymes telles que les peroxydases.

Des études visant à réduire leur toxicité en les liant à des polymères biocompatibles sont actuellement en cours. A l'heure actuelle, la toxicité du graphène est encore insuffisamment définie et seuls les effets aigus (court terme) et subaigus (moyen terme) ont été déterminés.

Le schéma de distribution des NP confirme que les molécules sont phagocytées et donc rapidement neutralisées. Cette distribution et leur accumulation/dégradation dépendent de la taille, de la forme et de la charge de surface des particules mais aussi de l'organe cible, du flux sanguin, du nombre de cellules phagocytaires.

Règlement européen 2017/74/CE

L'UE ne spécifie pas de lignes directrices spécifiques pour les nanomatériaux utilisés dans les dispositifs médicaux, il y a peu de détails dans le règlement 2017/74/CE mais d'autres règlements européens comme REACH 1907/2006/CE (qui concerne la mise sur le marché des produits chimiques) prennent en compte les propriétés et les dangers spécifiques aux nanomatériaux.

Il existe un guide du Comité scientifique des risques émergents (SCENIHR) de 2015 qui présente certaines recommandations pour évaluer les risques sanitaires et environnementaux des nanomatériaux. Ces risques sont principalement liés aux NP libres dans les dispositifs médicaux et à la durée d'exposition ainsi qu'à la nécessité d'étudier la distribution et la persistance dans des organes spécifiques.

L'oxyde de graphène (GO) n'est pas officiellement classé selon le règlement sur la classification, l'étiquetage et l'emballage, CLP 1272/2008/EC. Cependant, il existe une valeur limite professionnelle de 3,6 mg/m3 par inhalation.

Il convient également de noter que les nanomatériaux de la famille du graphène ne sont pas approuvés par la FDA aux États-Unis pour la consommation humaine. Selon la FDA, le graphène, l'oxyde de graphène et l'oxyde de graphène réduit ont des effets toxiques à la fois in vitro et in vivo et leurs utilisations ne sont donc pas autorisées.

La présence d'oxyde de graphène dans le vaccin

La présence d'oxyde de graphène dans le vaccin est née d'une observation au microscope électronique à transmission demandée par R. Delgado Martin au professeur Pablo Campra Madrid (Graduate School of Engineering Univ. Almeria, Espagne). Ce dernier a publié un rapport inédit dans une revue à comité de lecture. Il a comparé le résultat à un article de Choucair publié en 2009 dans Nature Nanotechnology montrant une observation du graphène. La lecture de ces deux publications met en évidence deux points qui s'opposent à la présence supposée d'oxyde de graphène dans les vaccins ARNm :

  • La publication de référence (Choucair et al., 2009) montre une analyse par microscopie électronique du graphène obtenu par pyrolyse et non de l'oxyde de graphène. L'obtention de l'échantillon par pyrolyse confirme que cette référence ne montre pas d'oxyde de graphène.
  • Cette analyse proposée par Delgado est basée sur des observations par différentes techniques et il est surprenant qu'elles n'aient pas été confirmées par une analyse chimique qui validerait le résultat et la substance observée dans l'échantillon étudié.

Ceci est d'autant plus surprenant qu'un brevet, intitulé "Recombinant nano-coronavirus vaccine taking graphene oxide as a vector" a été déposé par Shanghai National Engineering Research Center for Nanotechnology Co Ltd depuis le 27 septembre 2020 et n'a pas encore été accepté. Lire ici.

Conclusion

Face à la crainte légitime qu'inspire actuellement le projet transhumaniste, il est compréhensible de s'interroger sur les intentions et les applications possibles et souhaitables pour l'humanité. Cependant, il est nécessaire de distinguer les usages existants, possibles et potentiels.

L'oxyde de graphène peut jouer un rôle de vecteur ou de cible comme le montrent certains projets de recherche biomédicale en cours. Mais, à ce jour, peut-on répondre le plus objectivement possible à la question : est-il possible qu'il y ait de l'oxyde de graphène dans les vaccins et pourquoi le serait-il ?

Sur le plan réglementaire, les études de toxicité des NPs d'oxyde de graphène sont encore insuffisantes pour permettre une application pratique dans le domaine des médicaments, des vaccins ou des dispositifs médicaux. Si des progrès sont à noter dans le domaine de leurs propriétés de surface pour améliorer leur biosolubilité et leur biocompatibilité, il manque encore trop de données sur la toxicité in vivo, mais aussi sur la carcinogenèse, la mutagenèse et la génotoxicité ainsi que sur la compréhension de la phagocytose dans les monocytes (foie, rate, ganglions lymphatiques). Ces données de tests standardisés sont nécessaires pour l'approbation réglementaire, ce qui rend peu probable l'utilisation actuelle des vaccins, même si elle est envisagée. D'autre part, la présence d'impuretés, même métalliques, reste possible.

Dans le cas des " vaccins " actuels COVID-19, administrés en injection intramusculaire, l'élimination rapide par phagocytose des nanoparticules d'oxyde de graphène rend difficile la thèse d'une administration frauduleuse pour une connexion furtive à la 5G de surcroît. Il semble plus probable que si une telle connexion devait être envisagée entre un serveur et un individu, elle se fera d'abord par des objets connectés portés volontairement ou contraints (smartphones), puis par une puce électronique implantée en sous-cutané, mais pas via une injection systémique de NPs dispersées censées s'accumuler dans un organe (cerveau, cœur...), étant donné leur élimination rapide que ce soit par des réactions d'oxydation pour le GO ou par phagocytose pour le graphène. Par la voie systémique, l'utilisation future dans un futur proche ne peut être que ponctuelle comme en imagerie ou en thérapie du cancer par exemple.